« Architecture des villes et codes sociaux », une contribution de Marwa Al-Sabouni à l’ouvrage et au projet Mobile Home(less)
  • Mobile Home(less) @ Habitare
1 juin 2017

Les réfugiés forment une nouvelle catégorie de la population qui a fait surface dans un monde contemporain en pleine agitation. Des millions de déplacés représentant une population capable de remplir un pays à elle seule, agitant leur propre drapeau olympique et provoquant une « crise » d’une ampleur internationale. Ce dont les réfugiés souffrent le plus, c’est du manque de dignité que leur confère l’étiquette de sans domicile fixe qui leur est accolée. Quel que soit le lieu où ils s’installent, les réfugiés ont de toute façon perdu leur domicile et ce domicile est irremplaçable.

La recherche d’un logement, pourtant, n’est pas l’apanage de ceux qui ont été forcés de quitter leur pays. Elle concerne aussi nombre d’entre nous qui tentons de redéfinir ce qu’est un domicile dans le monde d’aujourd’hui. Nous sommes nombreux à nous sentir comme des réfugiés, pressés de trouver un lieu où s’installer. L’essor du nomadisme moderne résulte à l’évidence de l’absence de domicile et du conflit entre la dévastation de son logement et le rêve d’en trouver un nouveau.

Par ses œuvres, Anssi Pulkkinen rapproche de notre réalité des ruines venant de Syrie. Exposés au cœur des villes européennes, les décombres de la Syrie ne peuvent plus rester enfermés dans notre psychè. Bien que nous ne puissions pas nous rendre vraiment compte de l’ampleur des dégâts – des villes entières ont été anéanties en Syrie – le voyage symbolique de ces ruines correspond tellement bien au voyage d’un réfugié qu’il crée une connexion évidente avec le bagage psychologique que transporte un réfugié.

Pour moi qui suis architecte, cette connexion est d’autant plus évidente avec la manière dont nos quartiers sont construits et avec la relation que nous entretenons avec eux. J’ai exploré ce sujet dans mon livre « The Battle for Home » et j’en parlerai plus longuement dans l’ouvrage à paraître que j’ai co-écrit avec neuf autres auteurs. Dans le livre et dans le projet Mobile Home(less), chacun d’entre nous « joue son propre instrument » dans un dialogue avec l’installation de Pulkkinen.

Ayant perdu ma ville, dévastée, tout en vivant entourée de ses blessures ouvertes, je me suis posé certaines questions que vous pourrez lire dans cette contribution ; des questions telles que « Quand est-ce qu’une ville devient une ville ? », « Comment fait-on pour conserver la structure d’une ville ? » et « Quel est le rôle de l’architecte dans tout ceci ? »

Ma contribution, intitulée « The Architecture of Cities and Social Codes » (Architecture des villes et codes sociaux) a pour ambition de répondre à ces questions essentielles par l’analyse des conditions d’un code social pacifique là où la configuration de l’espace et l’esthétique jouent un rôle important dans le maintien de la fonctionnalité d’un environnement pacifique. Le paradigme de nos villes anciennes de Syrie a fait ses preuves pendant des centaines d’années. Elles ont constitué un nid qui offrait aux citoyens satisfaction et protection. Ils s’y sentaient chez eux. Elles ont permis la prospérité économique nécessaire au maintien d’un cycle de vie durable pour la ville. Et surtout, elles étaient un endroit où cohabitaient pacifiquement différentes communautés aux racines différentes. Pourtant, nous avons connu des périodes où tout cela s’est écroulé, et ce pour diverses raisons. Ces raisons ont fortement influencé la manière dont nos villes se sont transformées formellement. Beaucoup de ces transformations ont eu lieu avant la guerre, mais l’éclatement du conflit a anéanti tout ce qui subsistait encore.

Nous vivons une période cruciale, où les villes syriennes subissent des destructions massives. Le moment est donc idéal pour réfléchir et tirer des leçons de ce que l’histoire nous a appris sur la construction de villes. Dans mon article, j’identifie trois éléments principaux de l’architecture des villes syriennes anciennes qui ont créé les conditions d’un code social pacifique pour leur population. J’aborde également le point critique auquel la réussite devient autodestructrice au sein d’une localité. Ce point critique (ou « tipping point »), concept développé par la militante urbaniste américaine Jane Jacobs, je l’ai étendu et adapté aux villes syriennes.

S’implanter quelque part, c’est ce que nous, humains, faisons sur cette terre. L’implantation est la sphère dans laquelle nous organisons et ordonnons notre être. Nos villes, quelle que soit leur taille, constituent le lieu central de notre implantation, mais elles doivent posséder les qualités qui nous permettront de retrouver notre route vers chez nous.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on Twitter

Marwa Al-Sabouni

L’architecte syrienne Marwa Al-Sabouni se rendra en septembre au Salon Habitare d’Helsinki, où elle sera invitée à prendre la parole comme oratrice principale de cet événement, d’où pour elle l’occasion d’évoquer la reconstruction de la Syrie. Al-Sabouni, architecte et auteure, vit à Homs en Syrie. Ses vues sur le lien entre la structure urbaine particulière aux villes de Syrie et le déclenchement de la guerre dans ce pays lui ont valu une notoriété internationale. Al-Sabouni est l’une des cosignataires de l’ouvrage Home Reassembled – On Art, Destruction and Spaces in Motion à paraître prochainement dans le cadre du projet Mobile Home(less) mis actuellement en œuvre par l’Institut culturel finlandais pour le Benelux. Le livre en question sortira à l’automne 2017 à l’occasion du Salon Habitare et de la présentation au public finlandais de l’œuvre d’art Street View (Reassembled) d’Anssi Pulkkinen.

Share on FacebookShare on Google+Tweet about this on Twitter


Warning: count(): Parameter must be an array or an object that implements Countable in /var/www/fs2/23/finncult/public_html/wp-includes/class-wp-comment-query.php on line 405

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


Warning: Use of undefined constant myOffset - assumed 'myOffset' (this will throw an Error in a future version of PHP) in /var/www/fs2/23/finncult/public_html/wp-content/themes/wpbootstrap/single-blog.php on line 80