Sophie Kuiper: Le traducteur peut-il intervenir comme agent littéraire ?
  • Suomalainen kirjallisuus kukoistaa hollanninkielisellä alueella. Keskimäärin reilut kuusi uutta teosta tavoittaa vuosittain alankomaalaiset ja belgialaiset lukijansa. Monet Suomen Benelux-instituutin käännösmentorointiohjelman osallistujista ovat sittemmin käynnistäneet uransa kaunokirjallisuuden kääntäjinä. Kääntäjä on enemmän kuin pelkkä sananikkari. Hän on erinomainen kytkös kahden kielen ja kulttuurin välillä. Onko kääntäjälle olemassa kirjallisuusagentin roolia?
6 mars 2017

Photo: Alix Helfer

La littérature finnoise jouit d’une santé éclatante dans l’aire linguistique néerlandaise. Au cours de ces dernières années, une moyenne de six nouveaux titres se sont frayés leur chemin tous les ans jusqu’aux lecteurs néerlandais et belges, tandis que plusieurs traducteurs et traductrices issus du programme de mentorat mis en place par l’Institut culturel finlandais pour le Benelux ont fait leurs débuts de professionnels de la traduction littéraire. Il y a cependant lieu de noter que le traducteur est plus qu’un simple orfèvre du langage : il est le lien essentiel entre deux langues et deux cultures. Le traducteur peut-il dès lors jouer un rôle d’agent littéraire ?

« Voulez-vous devenir traducteur/traductrice littéraire ? » C’est avec cette question que l’Institut culturel finlandais pour le Benelux a invité les traducteurs en herbe ayant vocation à traduire du finnois vers le néerlandais à participer à un concours de traduction en 2013. Jusque-là, les maisons d’édition des Pays-Bas et de Belgique manifestaient régulièrement leur intérêt pour la littérature finnoise alors qu’une pénurie de traducteurs faisait souvent obstacle à la signature des contrats d’édition. Le concours de traduction ne réunit pas moins de 34 participants, dont sept eurent la chance d’accéder à une formation au métier de traducteur littéraire. Les traductions qui ont commencé à sortir peu après établissent la preuve du succès de ce programme de mentorat.

Par ailleurs, les statistiques prêtent elles aussi à satisfaction. Dans les années précédant le programme de mentorat, soit de 2005 à 2012, 32 traductions ont été publiées en tout depuis le finnois, ce qui donne une moyenne de 4 traductions par an. Pour la période 2013 à 2016, le nombre de traductions a atteint 26, soit une moyenne de plus de 6 traductions par an. Pour couronner le tout, trois romans finnois ont été nominés depuis 2011 au Prix néerlandais de littérature européenne (Europese Literatuurprijs) récompensant à la fois le meilleur roman écrit dans la langue de l’un ou l’autre pays membre du Conseil de l’Europe et la traduction néerlandaise du roman en question.

 

Du polar au conte de fées

On trouve donc aujourd’hui plus de livres finnois traduits en néerlandais, mais que lisent les Néerlandais et les Belges ?

De prime abord, on peut avoir l’impression que la Finlande n’a pas été en mesure de bénéficier entièrement de la popularité du roman policier scandinave. Même si les livres de romanciers comme Leena Lehtolainen, Kati Hiekkapelto et Antti Tuomainen, pour ne citer qu’eux, ont en effet été traduits, les polars finlandais n’ont pas atteint la popularité incontestée du « Scandi noir ». D’un autre côté, les traductions déjà sorties à ce jour révèlent un intérêt bien plus diversifié que pour le seul roman policier, ceci me semblant être une bonne nouvelle tant pour les lecteurs que les traducteurs.

Un grand nom comme Sofi Oksanen a indéniablement sa place dans le champ littéraire néerlandophone. Les livres de Sofi Oksanen ont donné aux lecteurs d’expression néerlandaise l’occasion de découvrir l’histoire de l’Estonie, sujet relativement peu connu au sein de l’aire néerlandophone. Et même si le dernier roman en date d’Oksanen Norma peut se classer dans le genre policier, il traite en réalité des mêmes thèmes que les précédents ouvrages de la romancière, à savoir la critique du capitalisme sauvage, l’exploitation des femmes et le dilemme auquel peut être confronté l’être humain de devoir sauver sa vie au prix de l’intérêt général.

Cela étant, les contes de fées modernes de Salla Silmukka, les perles stylistiques de Katja Kettu et de Rosa Liksom, les romans historiques de Leena Lander et le journal intime d’un vieux bonhomme grincheux qu’a signé Tuomas Kyrö ont tous eux aussi attiré l’attention des éditeurs néerlandais et belges néerlandophones. Aujourd’hui, les maisons d’édition ne sont plus en quête d’une image conventionnelle de l’identité finlandaise, souvent quelque peu chargée de clichés : en lieu et place, c’est à présent la qualité littéraire qui compte. C’est ainsi que la dernière fournée de traductions de fiction finnoise va de la fresque familiale finlandaise (Where four roads meet de Tommi Kinnunen, traduit par ailleurs en français sous le titre Là où se croisent quatre chemins) à des romans où se retrouvent des résonances internationales (Roots de Miika Nousiainen, They know not what they do de Jussi Valtonen, paru également en français sous le titre Ils ne savent pas ce qu’ils font).

Toutes ces traductions ont en commun la valeur ajoutée qu’elles apportent à la scène littéraire, laquelle a besoin de voix nouvelles pour prospérer toujours davantage. Un certain nombre de grands noms, quelques trouvailles et une importante variété de genres littéraires : au jour d’aujourd’hui, la littérature finnoise se porte plutôt bien en néerlandais. Le large intérêt qui se manifeste pour les lettres finnoises d’une part, l’obstacle que représente d’autre part la langue finnoise pour les éditeurs conduit à poser la question suivante : avec leur précieuse connaissance de la littérature et de la culture finnoise, les traducteurs pourraient-ils jouer un rôle élargi en assurant un lien entre éditeurs finlandais et néerlandais ?

 

Le traducteur, un professionnel aujourd’hui moins isolé qu’autrefois

Autrefois connu comme un ermite abattant une dure besogne tout en restant pratiquement invisible, le traducteur est de nos jours de plus en plus visible. Le Prix néerlandais de littérature européenne déjà cité organise une tournée de visites connue sous le nom de « Happy Translator Tour », où les traducteurs ayant vu leur traduction nominée au prix ont l’occasion de se rendre dans les librairies pour échanger sur la traduction de « leur » roman. De son côté, la prestigieuse librairie néerlandaise Athenaeum publie une rubrique en ligne où les traducteurs s’expriment sur leur travail, tandis qu’aux Pays-Bas, la très populaire manifestation professionnelle Nederland Vertaalt (« Les Pays-Bas traduisent ») attire un vaste public tant de traducteurs que de lecteurs curieux. Les traducteurs sont par ailleurs régulièrement invités à différents événements dédiés à la littérature comme le festival Crossing Border, sans oublier qu’il existe plusieurs magazines littéraires essentiellement consacrés à la fiction traduite. Autre exemple, quand la Finlande fut l’invitée d’honneur de la Foire du Livre de Francfort, l’organisme FILI – Finnish Literature Exchange a organisé un programme spécifique à destination des traducteurs en signe de sa reconnaissance de la valeur qu’ont les traducteurs au sein de la démarche d’ensemble visant à internationaliser la littérature finlandaise. Un programme du même type a été organisé à l’occasion de l’édition 2016 de la Foire du Livre d’Helsinki, et je veux espérer que le FILI poursuivra à l’avenir sur la même lancée.

En tenant compte de tout ce qui précède, le traducteur peut-il agir avec succès comme agent littéraire ? Cette question a été posée à une master class organisée par l’Université d’Utrecht en 2016. Commençons par la mauvaise nouvelle : il n’existe aucune formule magique qui garantisse le succès. Cependant, lire, développer ses réseaux relationnels et faire preuve d’un certain sens de l’initiative pourra être passablement utile au traducteur.

Tout d’abord, les traducteurs doivent se tenir au courant de l’actualité littéraire dans leur langue source. Pour ce faire, il leur faudra lire et encore lire, mais aussi s’employer à développer leurs réseaux relationnels dans les salons et autres évènements centrés sur la littérature. Les traducteurs de finnois, quant à eux, ont la chance d’être soutenus par l’organisme FILI, qui outre les programmes destinés aux traducteurs qu’il organise dans le cadre des foires professionnelles, propose des aides financières permettant de rémunérer les traductions test. Qui plus est, le FILI organise régulièrement un voyage en Finlande connu sous le nom d’Editor’s Week, au cours duquel des éditeurs de pays étrangers ont l’occasion de découvrir les derniers livres sortis dans le pays. De leur côté, les traducteurs peuvent compter sur le soutien finlandais dans les efforts qu’ils entreprennent pour introduire de nouveaux livres aux Pays-Bas et en Belgique.

Mais comment ces découvertes littéraires arrivent-elles jusqu’au lecteur néerlandophone ? Les traducteurs qui s’adressent directement à des maisons d’édition d’expression néerlandaise échouent souvent dans leur démarche. Il faut cependant noter qu’il n’est jamais mauvais de manifester son expertise et de faire preuve de sens de l’initiative. Les éditeurs demandent souvent conseil aux traducteurs pour des livres en finnois, les échanges qui ont lieu à cette occasion pouvant être un bon point de départ pour suggérer également d’autres ouvrages. Les traducteurs qui ont le temps et assez d’énergie ont aussi la possibilité de concentrer leurs efforts sur les festivals et publications littéraires, qui n’ont généralement besoin de disposer que d’un chapitre ou deux d’un livre et qui pourraient dès lors se laisser plus facilement convaincre.

Tous les traducteurs conviendront qu’il est frustrant d’essayer de vendre un livre à une maison d’édition. Il est parfaitement compréhensible qu’une faible probabilité de succès et le sempiternel manque de temps (ou en d’autres termes, la perspective de travailler sans être payé) fasse hésiter le traducteur. Il n’en reste pas moins les traducteurs de finnois, tout particulièrement, ont une chance de réussir dans leur tentative. Les éditeurs de langue néerlandaise ne sont pas en capacité de lire le finnois, ce qui explique que cette langue n’ait souvent pas droit à l’attention qu’elle mérite. Les traductions réalisées ces dernières années nous démontrent que les lecteurs de langue maternelle néerlandaise sont audacieux quant à leur choix de livres finnois. Même si de nouvelles traductions de romans finnois sont actuellement en chantier, les festivals littéraires et les magazines spécialisés n’accordent encore que peu d’attention à la littérature finnoise. Le fait qu’un auteur finlandais, flanqué de son traducteur ou sa traductrice, puisse rencontrer ses lecteurs à l’un ou l’autre des nombreux festivals littéraires ayant lieu en Belgique et aux Pays-Bas serait un bon début. Mais n’oublions pas non plus les revues littéraires, souvent bien volontiers prêtes à recevoir de bonnes suggestions et des traductions test de perles inconnues ou oubliées. Il se peut que nous, traducteurs, ne soyons jamais en mesure d’agir comme d’authentiques agents littéraires : continuons donc à mobiliser nos aptitudes et connaissances pour donner à voir aux lecteurs néerlandophones ce que les lettres finnoises ont à offrir.

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Sophie Kuiper

Sophie Kuiper (née en 1981) a étudié la langue et la culture finnoise à l’Université de Groningue puis à l’Université de Stockholm. Elle a été l’un des traducteurs sélectionnés pour participer au programme de mentorat mis en place par l’Institut culturel finlandais pour le Benelux. Depuis, elle a pris part à plusieurs autres ateliers de traduction et traduit environ 20 livres depuis le finnois ou le suédois, parmi lesquels des ouvrages de Sofi Oksanen, Tommi Kinnunen et Maria Turtschaninoff. Elle a reçu en 2016 le prix Amy van Marken pour sa traduction du roman Vinterkriget de Philip Teir, également disponible dans les pays francophones sous le titre La Guerre d’hiver.

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