Sofi Oksanen, jeune auteure de talent, est devenue, en quelques années, l’une des figures de proue du monde littéraire finlandais, très impliquée dans le débat sur la société. En 2010, elle a raflé trois grands prix littéraires avec son roman Purge (Puhdistus, 2008), dont deux en France : le prix du roman décerné par le jury de la Fnac, attribué à un auteur non-francophone pour la première fois, et le prix Femina étranger. Le troisième est le prestigieux prix du Conseil nordique qui récompense une œuvre écrite dans l’une des langues nordiques.
Sofi Oksanen
Sofi Oksanen est née en 1977 en Finlande centrale d’une mère estonienne et d’un père finlandais. La production écrite de S. Oksanen met fortement l’accent sur son expérience personnelle en matière de multiculturisme. Le premier roman d'Oksanen, Les vaches de Staline (Stalinin lehmät, 2003), puis Baby Jane (paru en 2005) et son roman Purge ont permis à Oksanen de consolider sa position internationale en tant qu’écrivain important et personne d’influence. Le roman Purge qui au départ a été écrit pour être une pièce de théâtre est la grande œuvre de Sofi Oksanen et le seul roman qui ait été récompensé en Finlande aux deux concours littéraires les plus appréciés : les Prix Runeberg et Finlandia. Outre les nombreux prix littéraires, l’association finlandaise SETA (organisation pour la promotion des minorités sexuelles et de la parité entre les sexes) a récompensé Oksanen pour son œuvre qui prend position (2009).
La prose grotesque de Sofi Oksanen est à la fois personnelle et politique. Elle remet en question les limites de l’individu et de la communauté en révélant le caractère obsolète en soi des classifications traditionnelles. Oksanen se décrit comme féministe, bisexuelle et Goth. Ses œuvres prennent position sur les droits de l’homme et la liberté d’expression, sur la violence exercée sur le corps de la femme, sur la sexualité ainsi que sur l’histoire soviétique secrète de l’Estonie. Les origines finno-estoniennes d'Oksanen sont révélées non seulement dans ses romans, mais aussi dans les chroniques provocatrices, et dans le recueil d’essais publié avec Imbi Paju Kaiken takana oli pelko (« La peur se cachait derrière tout » 2009) qui nous en apprend plus sur la réalité tue de la période soviétique de l’ancien bloc ds pays de l’Est, précisément du point de vue de l’Estonie et des pays baltes.
Sofi Oksanen est une écrivain notoire. Elle est d’avis que la littérature peut changer le monde.
Purge
Le roman Purge traite également du quotidien de l’Estonie pendant la période de l’avant et l’après-guerre mondiale jusqu’à la période de la chute du Mur de Berlin. La narration qui se passe en Estonie est axée autour de deux personnages féminins représentant différentes générations : Aliide Truu est déjà une femme âgée qui a expérimenté l’occupation allemande et la période soviétique de l’Estonie et dont les mains sont tachées par les crimes de la période soviétique. La jeune Zara d’origine russe quant à elle est victime du trafic d’êtres humains, elle se retrouve un jour dans la cour d’Aliide pour demander de l’aide.
La rencontre de ces femmes constitue en même temps une confrontation entre le passé et le présent : un réveil amer qui prouve bien que les changements dans le temps et de la société garantissent toujours un véritable changement. Dans la jeunesse d’Aliide, des milliers de personnes avaient pour destinée d’être acheminées en pleine nuit noire jusqu’aux camps de travail en Sibérie, alors que le quotidien de Zara, qui fuit une Russie sous l’emprise de la mafia, est dominé par la violence et la corruption.
Ce roman examine l’impact des guerres et du socialisme soviétique dans les pays baltes en faisant parler ceux que l’on n’avait jamais entendu auparavant : en particulier les femmes estoniennes. La narration de Sofi Oksanen nous interpelle vivement en posant la question à savoir de quelle manière l’histoire et l’avenir de la nation façonnent l’humanité et le Moi de l’individu – et vice-versa.
Les vaches de Staline
Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent sur les terres de Sibérie, dans une sorte de pied de nez adressé à la propagande soviétique qui affirmait que ce régime produisait des vaches exceptionnelles. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune Finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée, cette femme a tenté d’effacer toute trace de ses origines, et de taire les peurs et les souffrances vécues sous l’ère soviétique. Ne serait-ce pas ce passé qui hante encore le corps de sa fille ?
Sofi Oksanen fait preuve d’une grande puissance d’évocation quand elle décrit les obsessions de ces deux femmes. Il y a la voix d’Anna qui tente de tout contrôler, son corps, les hommes, et le récit plus distant de la mère qui se souvient de la rencontre avec « le Finlandais », à Tallinn, dans les années 1970, sous un régime de terreur et de surveillance.
_Sofi Oksanen: Purge (Puhdistus, 2008)
Publié par Editions Stock / La Cosmopolite
408 p. | ISBN : 978 22 340 62405
Prix: eur 21,50
_Sofi Oksanen: Les vaches de Staline (Stalinin lehmät, 2003)
Publié par Editions Stock / La Cosmopolite
528 p. | ISBN : 978 22 340 69473
Prix : eur 22,50
_Sofi Oksanen: Zuivering (Puhdistus, 2008)
Publié par: Ambo | Anthos
256 p. ISBN : 978 90 414 14717
Prix: eur 19,95
