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Jarno Kettunen, à la conquête de la mode

 

Jeune artiste et illustrateur de 31 ans, Jarno Kettunen vit à Anvers depuis quelques années, après des études à Bruxelles. Fasciné par la haute couture et par le luxe, il a travaillé pour de nombreuses grandes maisons de couture belges et françaises, mais son travail ne se limite pas au monde de la mode.

Q : Pour beaucoup d’illustrateurs, il est important de se concevoir comme un illustrateur et non pas comme un artiste. Comment vous situez-vous face à cette distinction ?

R : Je suis un artiste. Un illustrateur se contente d’illustrer alors que le travail d’un artiste a une autre portée, ce sont en même temps des œuvres d’art indépendantes.

Ma démarche est globale, car j’y inscris la performance, c’est tout le processus de création qui fait partie de l’œuvre. Et je ne fais pas non plus que des illustrations.

Q : Comment êtes-vous devenu illustrateur et comment avez-vous trouvé votre style ?

R : J’ai toujours aimé dessiner. Je voulais faire des études d’art et une connaissance m’a recommandé l’École Sint-Lukas. Pendant l’année universitaire 2004-2005, je suis parti en échange en Islande.

C’est lors de cette période islandaise que mon style de dessin a commencé à prendre forme. Je fréquentais beaucoup les étudiants en mode à cette époque.

J’ai également eu la chance de pouvoir me frotter à différentes techniques d’impression et à différentes méthodes de travail dans un environnement décontracté qui était une véritable source d’inspiration. Ce n’est qu’après mon année d’échange que je me suis finalement tourné vers le dessin de mode.

Q : Comment vous êtes-vous retrouvé en Belgique ?

R : Ma mère travaille en Belgique, et je suis venu y faire des études à l’âge de vingt ans. J’ai été séduit par l’ambiance libre qui règne à Sint-Lukas.

Étudier à l’étranger m’a permis d’élargir mes horizons et d’approfondir mes connaissances sur différentes civilisations.

Q : Comment votre façon de travailler a-t-elle évolué à l’étranger et au cours de votre carrière ?

R : Comme j’ai fait mes études à l’étranger, j’ai du mal à m’imaginer comment ma carrière et mon style auraient évolué en Finlande. En sortant de l’école, j’avais déjà plus ou moins le même style qu’aujourd’hui, c’est ma technique qui a évolué.

Par exemple, chez Chanel, j’ai utilisé des produits de maquillage pour peindre - et pourtant je ne saurais maquiller le visage de quelqu’un !

Mon expression a toutefois pris une orientation plus figurative. Souvent, je ne regarde pas du tout le papier lorsque je peins, je n’observe que le modèle.

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Dior Homme f/w 08/09

 

Q : Comment en êtes-vous arrivé à travailler pour les grandes maisons de couture ?

V : Chez A.F. Vandevorst par exemple, c’est leur agent qui m’a contacté, car il s’intéressait lui-même à mon travail.  Il m’a demandé de venir au défilé, où j’ai fait des croquis qui ont suscité l’intérêt des designers.

L’agent de chez Dior m’a également téléphoné pour me demander de travailler pour eux. En général, j’envoie mon book directement dans les maisons de couture.

Je travaille en backstage avant et après le défilé, au moment où les modèles sont déjà habillés et ont un peu de temps pour poser.

Q : Pourriez-vous décrire votre façon de travailler, le « live action show » ?

R : Le « live action show », c’est une performance rapide dont le but est non seulement de produire une image, mais aussi d’exprimer l’atmosphère de ce moment particulier.

Ce court instant d’une ou deux minutes a également inspiré – plutôt à titre de curiosité – des vidéos dont on pourrait faire un usage à des fins de marketing ou qui pourraient faire partie d’une exposition.

Q : Vous avez travaillé entre autres pour Knack Weekend et Elle Belgique. Êtes-vous plus connu en Belgique qu’en Finlande ?

R : En effet ! À vrai dire, ça m’ennuie de ne pas être connu en Finlande. Je pense que c’est lié au fait que mes travaux n’ont pas ce fameux style « cool et graphique » finlandais.

D’autre part, je ne suis affilié à aucun courant et je n’appartiens à aucun groupe. Dans mon travail, ce n’est pas la nationalité en soi qui compte. C’est en France que mes illustrations ont eu le plus de succès.

En Belgique, on a surtout repéré la couverture que j’ai réalisée pour l’édition mode été 2010 de Knack Weekend.

Parmi les designers les plus connus pour qui j’ai travaillé, citons Dior, Chanel, Jean Paul Gaultier et chez les Belges A.F. Vandevorst, Kris van Assche et Bruno Pieters.

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Jean Paul Gaultier s/s 09

 

Q : Est-ce que l’on assiste actuellement à un retour du dessin de mode aux côtés de la photo ou s’agit-il plutôt d’une fantaisie ?

R : À mon avis, le dessin appuie la photo. Il crée une atmosphère, traduit ce que le designer veut exprimer par sa collection et apporte un petit plus humain.

L’illustration permet de réintroduire un vent artistique dans la mode en rappelant la complémentarité entre l’art et la mode. L’illustration donne nettement un ton « haute couture ».

De ce fait, je cherche plutôt une collaboration avec les grandes maisons de couture, car elles peuvent investir sur une stratégie de marketing plus expérimentale qui ne captiverait pas nécessairement les chaînes.

Cependant, H&M fournit le parfait exemple d’une chaîne de gamme moyenne qui a collaboré avec le monde de la haute couture. Peut-être mes travaux leur conviendraient-ils à eux aussi.

Q : Quel est l’apogée de votre carrière jusqu’ici ?

R : Travailler pour Chanel. Et l’accès au backstage du défilé de Jean Paul Gaultier qui n’accepte pas plus d’une dizaine d’extérieurs à la fois.  À ce moment-là, je me suis effectivement senti privilégié.

Q : Quel est votre rêve en tant qu’illustrateur ?

R : L’illustration de la couverture de Vogue ! En fin de compte, je souhaite épanouir et enrichir mon champ artistique et pousser jusqu’au théâtre et à la performance.    

Q : Quels sont vos projets à venir ?

R : Ah, ils sont nombreux ! L’un de mes projets est une série d’inspiration religieuse qui serait réalisée sur des plaques d’or où je réinterprète des fresques d’église traditionnelles. Pour ce projet, je compte travailler avec l’Église.

En fin de compte, je fais un travail multiple en collaboration avec divers acteurs. Ma technique varie également en fonction du sujet.

Ce qui me fascine, c’est de peindre sur des surfaces diverses et intéressantes, dont le chocolat belge. Même si l’action de peindre en soi est brève, la préparation est minutieuse et demande beaucoup de temps.

Je voyage beaucoup et passe une grande partie de mon temps à Atlanta. Toutefois, je travaille beaucoup en Europe et continuerai donc à passer pas mal de temps en Belgique.

 

Interview avec Jarno Kettunen par Riikka Thitz

Pour plus d’informations  www.jarnok.com

Header image | Jarno Kettunen for Chanel