La Finlandaise Anna-Greta Strömberg vit en Belgique depuis plus de 50 ans. Membre actif de l’Association Belgique-Finlande, fondée en 1952, elle a été aux aux premières loges pour observer l’évolution de Bruxelles et celle de la communauté finlandaise en Belgique, à l’origine petit cercle confidentiel, qui est à l’heure actuelle composée de plusieurs milliers de personnes d’horizons divers.
Comme tant d'autres à sa suite, madame Strömberg est partie à l'étranger en quête de nouvelles expériences.
« Après avoir terminé mes études commerciales à Svenska Handelshögskolan à Helsinki et travaillé 3 ans en Finlande dans une société d’importation et de vente, j’avais envie d’élargir mes horizons, perfectionner les langues et faire connaissance d’autres cultures (« une langue en plus est une culture en plus »). À cette époque, le plus naturel était d’aller en Allemagne où je suis restée 3 ans travaillant dans une société de transport et agence en douane. »
C’est par un hasard heureux qu’elle finit par atterrir en Belgique :
« Je commençais déjà à penser à quitter l’Allemagne pour un pays où l’on parlait le français. Le représentant finlandais d’une grande entreprise allemande m’a demandé de l’accompagner comme interprète lors de sa visite à la maison-mère. J’avais probablement fait bonne impression parce que la direction de cette société m’a offert un emploi dans leur organisation ! Ma réponse était claire : j’accepte si je peux travailler dans un pays de langue française. C’est comme ça que je suis arrivée à Bruxelles… »
Tout expatrié finlandais d’aujourd’hui est peut-être bien étonné d’apprendre que, dans le temps, la Belgique était un pays bien plus riche et prospère que la Finlande. L’Allemagne, elle non plus, n’avait pas encore atteint la position de puissance économique qu’elle allait occuper dans les décennies à venir.
« À la fin des années 1950, la différence de niveau de vie entre la Finlande et l’Allemagne n’était pas si grande ; les deux pays luttaient pour sortir des suites désastreuses de la deuxième guerre mondiale. La Belgique, par contre, aidée par le plan Marshal était déjà un pays riche. On avait les « golden sixties » et les Belges profitaient de la vie. Bruxelles était une ville gaie où l’on s’amusait. Il y avait p.ex. le « Key Club » et le dancing « Les enfants terribles » dans le quartier Louise où l’on dansait et twistait aux rythmes de la musique live jusqu’aux petites heures. Après le spectacle on pouvait manger une soupe à l’oignon à toutes heures de la soirée et la nuit. »
Madame Strömberg pense que le paysage urbain de Bruxelles a considérablement changé, et pas forcément dans le bon sens, surtout après l’élargissement de l’Europe.
« Avec le Marché Commun d’abord et l’Union Européenne après, Bruxelles est devenu principalement une ville administrative avec un grand éventail culturel. L’aspect de la ville a également fortement changé. Quand je suis arrivée, le tunnel venant de la Basilique de Koekelberg jusqu’à la Place Rogier n’existait pas encore ; il y avait un long viaduc construit pour l’exposition mondiale de 1958. Le quartier populeux autour de la Gare du Nord et l’endroit élégant et vert de la Place Schuman et le Quartier Léopold ont dû céder la place à des buildings administratifs. »
Les années passées loin de son pays natal ont fait d’Anna-Greta Strömberg une citoyenne du monde, mais le lien avec la Finlande reste essentiel pour elle. Les deux pays lui sont également chers.
« Actuellement je n’ai pas l’intention d’aller habiter complètement en Finlande. Je peux envisager de passer plus de temps en Finlande, mais ma vie sociale est ici. Bruxelles et la Belgique offrent beaucoup de possibilités dans des domaines différents. […] Je me sens surtout européenne sans avoir perdu mes racines finlandaises. Il est essentiel pour mon bien-être d’avoir un pied-à-terre en Finlande et pouvoir passer un certain temps chaque année dans mon pays pour recharger mes batteries. »
Madame Strömberg a également pu garder ce lien essentiel grâce à ses activités au sein de l’Association Belgique-Finlande, qui regroupait des membres des deux pays. L’Association avait été fondée à une époque où les contacts entre les deux pays étaient surtout d’ordre économique. Dans ce contexte, l’Association avait souhaité renforcer le rapprochement entre la Belgique et la Finlande tout en l’orientant vers d’autres domaines. Elle a mis en place des activités et des évènements sportifs, culturels et touristiques. Tout comme l’actuelle Suomi-Klubi, l’Association avait organisé des sorties et des visites sur des sites intéressants en Belgique, mais aussi en Finlande. Le moment fort de l’année, c’était le « festival de l’écrevisse », tradition particulièrement importante sur les côtes finlandaises.
Au cours de ces dernières décennies, la communauté finlandaise en Belgique a connu bien de changements, et ceci n’a pas été sans conséquences sur l’activité de l’Association Belgique-Finlande. Celle-ci n’a pas réussi à attirer en son sein la jeune génération et l’on a estimé qu’il valait mieux dissoudre l’association.
« L’assemblée extraordinaire du 9 décembre 2010 a décidé la dissolution de l’Association à cause d’impossibilité de constituer un conseil d’administration après le décès du Président, la démission du secrétaire général pour limite d’âge et la démission d’un autre administrateur pour raisons de santé. En plus, le nombre des membres a fortement diminué. »
Lors de sa dernière assemblée générale, l’Association a donc décidé de faire don de ses actifs restants au profit de l’action de l’Institut culturel finlandais, avec le souhait de soutenir tout particulièrement les jeunes artistes. Grâce à ce don, L’Institut organisera en automne 2011 deux expositions : Pekka of Finland, illustrations de la nouvelle vague, à Bruxelles, et Hel Looks – Street Styles from Finland, hommage à la créativité, à Anvers. L’Institut tient à remercier chaleureusement Madame Anna-Greta Strömberg et les autres anciens membres de l’Association Belgique-Finlande pour leur don et espère que son travail permettra de promouvoir au mieux les objectifs de la communauté.
Par Riikka Thitz
