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Laura Lappi, une réalité qui échappe au réel

 

Le travail de Laura Lappi, plasticienne finlandaise établie à Rotterdam après avoir fait ses études aux Pays-Bas, porte plus particulièrement sur l’art vidéo, le court-métrage et les installations.

« Je mets l’accent dans mon travail sur la notion de rencontre, de communication et d’interactivité entre les gens, et aussi entre générations, tout en accordant une place importante aux rapports de forces.

Mes réalisations m’amènent à évoquer la frontière souvent assez floue entre réel et irréel, de même que certains aspects de la psychologie collective. J’insiste aussi sur les comportements individuels pouvant apparaître « hors normes » en portant un regard volontiers humoristique sur les sujets que j’aborde, ceci s’ajoutant au point de vue fondamentalement féminin qui est le mien.

Ma démarche artistique se focalise sur le ressenti individuel, ce qui m’amène à donner la parole à toute une série d’états d’âme : sentiment de solitude, nostalgie, doute et manque de confiance en soi, le tout parsemé d’une pincée d’ironie. »

Déjà dans son enfance, Lappi s’intéressait à la photographie et au dessin, si bien que s’inscrire au lycée de Tiirismaa, un établissement de Lahti spécialisé dans l’enseignement des arts plastiques, fut un choix tout naturel pour elle : sa scolarité lui permit dès lors de se familiariser avec l’ensemble des disciplines artistiques tout en bénéficiant de l’enseignement d’artistes patentés, et c’est au contact de cet environnement stimulant qu’elle éprouva le besoin de poursuivre des études artistiques.

Dès l’époque du lycée, Laura Lappi avait pu approcher une première fois la langue et la culture néerlandaise à l’occasion d’une année passée aux Pays-Bas dans le cadre d’un programme international d’échange scolaire.

Par la suite et au terme d’un certain nombre de circonstances fortuites, elle se retrouva à étudier à l’Académie des beaux-arts et du design (AKI) d’Enschede.

« J’avais beaucoup entendu parler en bien de cet établissement. L’enseignement en arts plastiques qu’on y reçoit est vraiment d’un bon niveau, les étudiants disposent de locaux spacieux et l’ambiance est très internationale : tout cela me convenait parfaitement.

L’académie participe par ailleurs à un bon programme d’échanges internationaux, ce qui m’a permis de passer un semestre à étudier au School of the Museum of Fine Arts de Boston, avant de reprendre mes études aux Pays-Bas. »

Au terme de ce cursus, la jeune diplômée ne voulut toutefois pas rentrer immédiatement en Finlande : plusieurs de ses camarades ayant pris la direction de Berlin tandis que les autres faisaient le choix d’aller à Rotterdam, c’est cette dernière ville que choisit Lappi.

« C’est sa réputation de ville portuaire et sa dimension internationale qui m’ont passionné à Rotterdam. »

Comme elle connaissait déjà beaucoup de monde dans cette ville, il lui fut facile de s’y faire sa place.

« Par ailleurs, il était facile d’y trouver des logements et des ateliers bon marché, ce qui est toujours un point positif pour un artiste en début de carrière. »

GoodYearJohnDeere-1

Good Year John Deere

Effectivement, Lappi s’est toujours adaptée rapidement aux endroits et pays nouveaux où elle a été amenée à vivre : il lui a suffi d’être accompagnée de ses affaires personnelles les plus importantes ainsi que de son chat – un animal de compagnie auquel l’artiste tient particulièrement et qui la suit dans tous ses déplacements depuis dix ans –  pour se sentir presque instantanément chez elle où qu’elle aille.

« A vrai dire, je n’ai jamais abordé dans mon travail le dilemme de l’expatrié, même si la conscience de mon identité nordique et tout particulièrement mon sentiment identitaire finlandais sont très forts en moi ; mais peut-être mes œuvres traduisent-elles malgré tout une sorte de couleur locale finlandaise. »

Lappi a souvent tendance à puiser ses influences et son inspiration dans la culture populaire et les personnages qui en sont issus, comme par exemple les stéréotypes masculins que sont le cow-boy ou le héros, ou à se référer à la notion de quête et de culte de la perfection.

« Les cinq artistes qui ont le plus influé sur ma manière de travailler sont Eija-Liisa Ahtila, Jesper Just, Andy Warhol, Olafur Eliasson et Tracey Emin. »

Au début de son parcours artistique, Lappi avait souhaité se passer de l’ordinateur pour la réalisation de ses œuvres, se contentant d’une caméra super 8 pour le tournage de ses vidéos.

Elle s’efforçait également d’éviter le recours à l’édition et à la publication assistée par ordinateur, en planifiant et en réalisant ses films et installations de façon qu’il ne soit pas nécessaire d’y apporter la moindre modification ultérieure.

« Les six mois que j’ai passés à Boston m’ont toutefois fait faire des concessions sur l’informatique, car j’ai pris conscience que sans maîtrise de la PAO, de nombreux aspects de mon travail étaient bien plus compliqués à aborder.

Mes études m’ont beaucoup appris sur l’art vidéo et la possibilité de s’exprimer à travers le film.

En ce moment, je m’applique à acquérir toujours plus de professionnalisme dans le maniement des différents outils qui entrent en ligne de compte dans mon art, et j’accorde aussi beaucoup plus d’importance que quand j’étais étudiante à tout ce qui se fait en amont de l’acte de création en lui-même, en insistant sur les travaux préparatoires. »

La démarche d’approfondissement de son art dans laquelle est engagée Lappi doit aussi se comprendre par rapport au désir et à l’objectif qui sont depuis longtemps ceux de l’artiste : partir étudier le cinéma à New York.

« Je rêve aussi de pouvoir travailler une partie de l’année en pleine forêt en Finlande, tandis que je passerais le reste du temps à l’étranger, au milieu de l’animation d’une grande ville. »

Lappi attache aussi beaucoup d’importance aux contacts étroits qu’elle entretient avec certains créateurs finlandais parmi les plus talentueux.

Dans cet esprit, elle a organisé en 2011 une exposition collective à la galerie Roodkapje de Rotterdam réunissant plusieurs jeunes artistes plasticiens finlandais : intitulé Heavy Merry Finland, cet événement réunissait des œuvres d’Anssi Kasitonni, lauréat 2011 du prix Ars Fennica, ainsi que de Ville Pirinen, Maria Stereo, Noora Federley, Sanna Järvelä et Annika Kivi, sans compter Lappi elle-même.

Quant au dernier travail en date de Lappi, c’est un court-métrage qu’elle a baptisé Good Year John Deere, où environnement urbain et campagne profonde se rejoignent tout comme dans le projet de l’artiste de se partager entre ces deux univers.

Il est question dans ce film d’un homme habitant dans un hôtel à New York et rêvant d’être quelqu’un d’autre, de vivre ailleurs : cet homme, qui se voit agriculteur dans l’idéal, finit par passer du rêve à l’action en se construisant un modèle de tracteur en carton au beau milieu de sa chambre du Chelsea Hotel de New York.

Le court-métrage en question est visible en contrepoint d’une installation de Lappi consistant en une réplique grandeur nature et en carton d’un authentique tracteur américain John Deere 430.

Laura Lappi s’apprête à passer beaucoup de temps en Belgique cet été à l’occasion de la présentation de Good Year John Deere du 28 juin au 9 août au centre artistique Recyclart de Bruxelles, où toute l’équipe de l’exposition Heavy Merry Finland sera une nouvelle fois réunie pour faire connaître son travail.

A noter aussi que tout au long de l’exposition, des concerts, performances et autres événements artistiques destinés à créer la surprise auront lieu tous les jeudis soirs.

Pour en savoir plus sur l’exposition Heavy Merry Finland.


Quelques-uns des lieux préférés de Laura Lappi à Rotterdam :

Espaces d’exposition Tent et Witte de With, Witte de Withstraat : d’intéressantes expos d’art contemporain, avec des artistes des Pays-Bas et d’ailleurs.

Espace d’exposition Roodkapje, Meent : plein de projets artistiques expérimentaux et d’expositions, mais aussi de nombreux événements connexes, par exemple des concerts. C’est ce même lieu qui accueillit la première exposition Heavy Merry Finland.

Worm, Witte de Withstraat : « Un institut dédié à l’éveil des sensibilités au contact de toutes les avant-gardes ».

Tiki Bar, Hartmansstraat : cocktails savoureux, bonne musique des années 60 à base de rock et décoration intérieure superbe.

Hotel New York, Kop van Zuid : ce bâtiment a abrité le terminal de la compagnie Holland America Lijn, où se pressaient autrefois les immigrants en partance pour les Etats-Unis ; aujourd’hui reconverti en hôtel-restaurant, l’endroit offre une vue impressionnante, sans parler des ondes que dégagent les murs, témoignant d’une histoire hors du commun.


Interview : Riikka Thitz