Johanna Mäkelä: A la découverte de la culture de la transparence
  • Johanna Nieminen_03 parempi
15 mars 2016

© VIAA. Le principe de fonctionnement du VIAA (The Flemish Institute for Archiving) fait aussi une place à l’accessibilité des informations.

La région Benelux est source d’inspiration pour de nombreux professionnels évoluant dans le domaine des arts scéniques : c’est ce que j’ai eu l’occasion d’observer lors de mon séjour de travail de deux semaines en janvier auprès de notre organisme homologue à Gand, le centre d’information sur le cirque flamand Circuscentrum. Je précise à ce sujet que ce séjour a eu lieu avec le soutien de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux.

Les arts scéniques prospèrent en Belgique, en donnant l’impression qu’ils y disposent d’une place qui leur est spécialement réservée au sein de la société et qu’ils y ont les coudées franches. L’état d’esprit général, en Belgique, est de considérer que les arts ont une fonction par rapport et au sein de la société, et il est un fait que les Belges savent aussi mettre leur histoire culturelle à contribution pour construire l’avenir.

Il est possible de comparer, au moins du point de vue de leur population, la Finlande et la communauté néerlandophone de Belgique, puisque sur les 11 millions de Belges 6,5 millions sont flamands. La population de la Finlande est environ 5,5 million. Quant à la part du budget d’ensemble consacrée à la culture par la communauté flamande, elle s’élève à 1,5% contre 0,8% de crédits alloués à la culture par le budget de l’Etat finlandais.

De mon point de vue, la culture belge est porteuse d’un état d’esprit progressiste et porté sur la transparence, ce qui a pour effet de faire avancer les arts sans les sacraliser au point de les couler dans le marbre. J’ai aussi le sentiment que la distance entre l’échelon décisionnaire en matière de politique culturelle et les acteurs de terrain de la sphère culturelle est raccourcie dans ce pays. Par exemple, les procédures de demande de financements culturels ont été modifiées au sein de la communauté flamande pour mieux prendre en compte les changements qui ont pu intervenir au niveau du fonctionnement des milieux artistiques. Aujourd’hui, un artiste qui remplit une demande de financement pour un projet pluridisciplinaire n’a plus à cocher impérativement une seule case sur le formulaire de demande de subvention, et même les commissions de professionnels chargés d’évaluer les dossiers de candidature réunissent bien souvent, non pas des experts d’un seul champ artistique, mais des personnalités culturelles issus de disciplines diverses et qui auront été désignées pour y siéger en raison de leur compétence effective dans leur domaine respectif. J’ai également été très surprise de constater qu’une solution semble très souvent pouvoir être proposée en Belgique aux besoins divers et variés que manifestent les acteurs de la sphère culturelle et artistique locale. Si jamais une solution n’était pas disponible, l’artiste est alors au moins dirigé vers un organisme dont l’expertise sera utile au demandeur, d’autant que ces organismes experts me semblent œuvrer dans la transparence et partager leurs bonnes pratiques. Le partage des informations en toute transparence et le fonctionnement systématique en réseau font ainsi naturellement partie de l’approche opérationnelle en Belgique.

En marge de nos projets de cirque communs avec le Circuscentrum, je me suis familiarisée à Gand avec les pratiques d’archivage digital et de stockage au long cours des matériels culturels audiovisuels mis en place par la communauté flamande. Créé à la fin 2012, l’organisme VIAA (The Flemish Institute for Archiving) a agi avec rapidité pour digitaliser les matériels audiovisuels de près de cent institutions mémorielles à hauteur de pas moins d’un pétabit. Le principe de fonctionnement du VIAA repose sur la digitalisation, l’archivage et la gestion des matériels digitalisés dans une logique de les rendre accessibles au public. En quelques années seulement, cet organisme est parvenu à classer et stocker à long terme le quart des bandes audiovisuelles recensées en communauté flamande, l’objectif étant de digitaliser 500.000 heures de matériels au cours de la période 2014-2020.

Ce qui rend le principe de digitalisation pratiqué en Flandre attractif est le fait que les institutions mémorielles et culturelles n’ont pas besoin de gérer elles-mêmes les défis techniques que représente ce processus ; de plus, le VIAA s’occupe de copier tous les matériels digitaux gracieusement. En contrepartie, cet organisme se réserve le droit de publier librement les matériels digitalisés à des fins d’enseignement ou de recherche. Le VIAA emploie notamment des enseignants bénévoles dont le rôle est de sélectionner parmi tous les matériels ceux qui seront adaptés à un usage au sein des différents échelons du système scolaire. Le VIAA permet ainsi non seulement la conservation des éléments entrant dans la tradition culturelle, mais aussi un recyclage et une mise à disposition efficaces des informations stockées.

La Flandre s’est assignée comme objectif de devenir une région à l’avant-garde de l’Europe à l’horizon 2020. Dans sa déclaration de stratégie, la région précise que « la réalisation de cet objectif nécessite de comprendre l’histoire, le présent et l’avenir, de prendre la mesure du développement des produits, de la créativité et des innovations et de prendre conscience de l’importance d’une gestion efficace et de l’accessibilité de l’information à tout un chacun ». Je note à ce sujet qu’un meilleur partage et une gestion optimisée de l’information pourrait aussi faire avancer la société finlandaise.

Le soutien qu’apporte l’Institut culturel finlandais pour le Benelux aux visites de professionnels experts entre la Finlande et les pays du Benelux permet aux institutions culturelles d’organiser leurs réseaux relationnels et de profiter du partage de nombreuses informations. Bien entendu, je n’oublie pas non plus que l’herbe semble toujours plus verte dans le champ du voisin.

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Johanna Mäkelä

Johanna Mäkelä is woordvoerster van CircusInfo Finland. Tijdens haar werkbezoek nam ze deel aan een bijeenkomst van het Circostrada-netwerk en werkte ze aan een gemeenschappelijk project met haar collega’s van het Circuscentrum.

© Jouni Ihalainen

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