Katarina Lindholm: L’internationalisation participe au développement durable de la danse
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12 décembre 2016

L’œuvre chorégraphique « Personal Symphonic Moment » d’Elina Pirinen sera présentée entre autres au Festival de danse SPRING d’Utrecht, en mai 2017. Photo : Timo Wright

 

L’organisme Dance Info Finland a mis en place un laboratoire d’idées pour la période 2012-2014 dont l’objet était de réfléchir à ce que pourrait signifier la notion de développement durable appliquée à la danse et d’envisager les instructions concrètes pouvant être données aux acteurs des milieux de la danse comme aux financeurs de projets chorégraphiques et autres professionnels décisionnaires dans des dossiers relatifs à la danse, ce tant dans les pays nordiques que baltes. Nous avons publié au printemps 2015 un rapport où nous livrions nos préconisations pour que les conditions soient réunies pour une filière danse plus durable.

 

Nous avons observé dans ce rapport qu’une activité durable exigeait que l’influence de notre filière puisse s’exercer dans un champ élargi d’une part, et que d’autre part cette influence soit en situation de perdurer. L’obtention d’un développement durable consiste moins à viser un développement quantitatif qu’à renforcer des structures déjà existantes. La durabilité est ainsi corrélée à une réflexion axée sur le cycle de vie ainsi qu’à une compréhension de la complexité de la chaîne de valeur des milieux de la danse.

La durabilité de la filière danse peut être accrue à travers la construction de passerelles entre la danse et la société environnante, c’est-à-dire en augmentant la visibilité et la compréhension de l’art chorégraphique par le public. Les artistes devraient quant à eux être en mesure de développer leur art en permanence au fur et à mesure de l’évolution des attentes de la société et de la filière danse prise dans son ensemble. Il est également souhaitable que l’échelon intermédiaire constitué par les producteurs, les agences artistiques, les organismes culturels et autres structures associatives compétentes se voie progressivement renforcer, ce qui passera notamment par la diversification et l’assouplissement des financements ainsi que par une plus grande transparence des processus de financement. Même si la filière danse a bien évidemment besoin de ressources supplémentaires, il est encore plus important que nous utilisions les ressources existantes plus efficacement que cela n’a été le cas jusqu’ici.

Parmi les actions importantes visant à accroître la durabilité figurent la promotion de l’internationalisation et le soutien à la mobilité des acteurs des milieux de la danse. Notre filière est relativement déshéritée en termes de ressources, tandis que le marché domestique finlandais est insuffisant au regard de l’offre culturelle finlandaise en matière de danse et que les perspectives de vivre de leur art sont limitées pour les danseurs de notre pays. La mobilité des œuvres chorégraphiques et des artistes de notre filière ainsi que la coopération internationale accroissent les possibilités de vivre de leur art pour les artistes en question, rallongent le cycle de vie des œuvres et améliorent également l’équilibre existant entre les troupes de danse et artistes indépendants et les structures de danse institutionnelles.

 

Une forte concurrence sur le marché international du spectacle de danse

Une consultation des statistiques de la mobilité des acteurs de la danse finlandaise indique que les chiffres des spectacles de danse finlandais présentés à l’étranger et ceux des spectateurs de ces productions ont augmenté dans une certaine mesure au cours des dix années écoulées. Les voyages des artistes finlandais de la filière danse se rendant à l’étranger pour présenter leurs spectacles ont actuellement pour destination essentiellement les pays d’Europe occidentale, la Scandinavie et les pays baltes ainsi que l’Asie. Les spectacles de danse finlandais dans leur ensemble attirent à ce jour 10% de spectateurs non-finlandais par rapport à l’ensemble des billets vendus, à savoir productions domestiques et productions à l’étranger confondues.

La filière danse est donc aujourd’hui de plus en plus ouverte à l’international, même si la compétition est forte à l’échelle mondiale et que la Finlande se trouve désavantagée à bien des égards. La mobilité au départ de la Finlande ne présente pas la même facilité ou la même évidence que depuis tel ou tel pays d’Europe centrale ou occidentale. Par ailleurs, le financement des tournées artistiques nous fait défaut et les allocations spécifiques pour frais de voyages professionnels sont souvent insuffisantes en Finlande. Alors que l’usage en cours sur le marché international veut que ce soit l’artiste ou la troupe qui veillent par eux-mêmes à obtenir les allocations ou aides nécessaires à leurs déplacements internationaux, la pénurie ou l’absence d’aides spécifiques pour frais de voyage que nous connaissons en Finlande a actuellement parfois même pour conséquence l’annulation pure et simple des voyages des artistes qui avaient prévu d’aller présenter leur travail sur les scènes internationales. Le programme TelepART lancé par l’Institut culturel finlandais pour le Benelux est de nature à promouvoir une activité durable dans le domaine du spectacle vivant, étant bien entendu que d’autres initiatives du même ordre seraient fortement opportunes voire urgentes en Finlande.

 

Une mobilité durable multiforme, efficace et génératrice de plus-value

Le nombre de voyages à l’étranger motivés par la présentation d’un spectacle ne sont toutefois pas un instrument de mesure tout à fait fiable si l’on souhaite établir la réalité de l’internationalisation de l’art chorégraphique finlandais. La mobilité des artistes de la filière peut en effet prendre de nombreux visages différents : coproductions, présentations chorégraphiques expérimentales, échanges de chorégraphies, résidences d’artistes, ateliers spécialisés, cours, tables rondes et rencontres entre professionnels, événements divers de mise en relation entre acteurs de la filière ou programmes de mentorat. De nombreux danseurs ayant reçu leur formation à l’étranger se sont déjà constitué leurs propres réseaux relationnels internationaux du temps de leurs études et ont l’habitude de se déplacer avec souplesse d’un pays à l’autre, que ce soit pour se produire dans un spectacle ici ou là ou pour participer à des événements  réunissant les membres d’un groupe de travail international. Qui plus est, les danseurs et troupes de danse s’engagent aujourd’hui de plus en plus volontiers dans des activités en lien plus ou moins étroit avec leur art, mais qui ne sauraient entrer statistiquement dans la catégorie « spectacles ». Il est donc nécessaire que les acteurs de la filière disposent d’une aide financière à la fois plus souple et prenant en compte les nombreuses situations particulières différentes, l’objectif étant que les dispositifs de financement concourent à promouvoir la mobilité prise dans son acception la plus générale, et non pas seulement dans une option de promotion des voyages ayant pour finalité la présentation d’un spectacle proprement dit à l’étranger.

Du strict point de vue de la préservation de l’environnement, la mobilité n’est pas toujours en elle-même extrêmement durable. Plutôt que prendre l’avion, on pourrait imaginer par exemple faire son voyage en train : pour des raisons aussi bien de calendrier que géographiques, cette solution s’avère toutefois souvent irréalisable. En revanche, il conviendrait de pratiquer la mobilité de façon plus rationnelle et efficace. Il y aurait lieu de se demander dans quelles conditions un seul voyage pourrait générer une plus-value optimale. Plutôt que faire une série de voyages ponctuels et distincts, il serait judicieux d’envisager des tournées et des séjours plus longs dans les pays cibles ou d’organiser des ateliers et des actions diverses de sensibilisation du public, auquel cas la visite à l’étranger de l’artiste ou du professionnel de la danse aurait à tous égards un impact plus important. C’est ainsi, par exemple, que les résidences d’artistes à l’étranger relèvent souvent précisément de la notion de mobilité durable. Quant aux festivals, ils pourraient servir de façon plus systématique que ce n’est le cas à ce jour de « plaque tournante relationnelle » pour les artistes et spectacles venus de pays relativement lointains.

 

Persévérance et partage

Le développement durable en matière de danse exige aussi de nouveaux schémas mentaux et la mise en place d’une culture proactive. Les modes d’action durables demandent du temps ainsi que des ressources financières : c’est si vrai que nous n’avons pas manqué d’observer dans notre rapport que la durabilité n’entraîne que lentement des résultats pouvant être considérés comme rentables, ce qui implique une obligation de persévérance de la part de la filière danse. Ce principe de persévérance peut d’ailleurs parfaitement servir de ligne de conduite à l’artiste pris individuellement, car l’internationalisation commence fréquemment par quelques petits pas. J’appelle aussi de mes vœux un renforcement de la culture du partage. Seul le partage des informations d’une part, des expériences d’autre part, est de nature à faire naître la confiance comme le sens des responsabilités et à générer du développement durable tant au niveau du public que dans l’ensemble de la filière danse.

 

Lire le rapport complet en anglais : Recommendations for a Sustainable Nordic and Baltic Dance Field. Keðja Sustainability Think Tank report 2015.

 

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Katarina Lindholm

Katarina Lindholm occupe les fonctions de coordinatrice chargée des affaires internationales de l’organisme Dance Info Finland (Centre d’information sur la danse finlandaise).

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