Kati Laakso: Le thème de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux pour l’année 2018 est Transitions
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17 avril 2018

Voici à peine deux mois, je suis arrivée directement de Tokyo à Bruxelles pour me retrouver sans prendre le temps de souffler au cœur de l’Europe et au milieu des différents projets de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux. C’est un programme de très haute tenue que nous proposons pour cette année 2018, étant entendu que c’est au précédent et remarquable directeur de l’Institut Aleksi Malmberg que nous devons en particulier les préparatifs de notre programme qui ont eu lieu au début de cette année ; j’associe à mes remerciements la formidable équipe qui travaille dans nos bureaux, avec laquelle j’ai à présent l’occasion d’insuffler de nouvelles initiatives et idées destinées à étoffer toujours plus notre programme.

TRANSITIONS

Au cours de cette année 2018, nous traiterons du rapport entre l’individu et la société vu sous l’angle de la notion de TRANSITIONS, notion qui nous a soufflé dans l’oreille notre thème de l’année. Nous aborderons ce thème tant par le biais des arts que de la recherche pour réunir ces deux approches et présenter ainsi une série d’angles de vue et d’interprétation neufs sur notre environnement. Recouper un certain nombre de disciplines différentes est aujourd’hui un passage obligé pour qui souhaite comprendre notre monde devenu plus difficile à gérer et soumis à une évolution vers toujours plus de complexité.

Nous profiterons des différents projets de l’année pour vous présenter une série d’aperçus visant à mettre en lumière le rapport qu’entretient l’individu à la société, ainsi que le traitement que celle-ci nous réserve en tant qu’individus. Le monde est arrivé aujourd’hui à une sorte de tournant où l’on assiste à un remodelage des rapports de force au sein de la société. C’est ainsi que les idées de quelques individus particulièrement audacieux sont aujourd’hui en mesure de donner naissance à des mouvements d’une ampleur considérable et dont les effets se propagent aux quatre coins du monde à la vitesse de l’éclair, entraînant la destruction de modes de fonctionnement, normes et autres rapports de force qui avaient cours jusqu’ici. Nous avons pu observer récemment un tel phénomène entre autres avec la campagne #metoo. Comme l’artiste et activiste chinois Ai Weiwei le dit: ”Freedom is not an absolute condition, but a result of resistance.”

NOTRE PROGRAMME 2018

Le programme de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux s’enracine fortement dans les réalités sociétales : nous souhaitons nous emparer avec rapidité et souplesse des sujets et phénomènes d’actualité qui nous interpellent. Nous nous livrerons ainsi au fil de l’année à une série d’analyses et de commentaires sur la société qui nous entoure et sur les mutations dans lesquelles elle est engagée, prenant appui pour ce faire sur de nombreux points de vue différents. Au début de l’année, vous avez pu découvrir les commentaires qu’a inspiré à Pirita Näkkäläjärvi l’interprétation historique lacunaire que professe la Finlande au détriment de la minorité autochtone des Samis établie dans le Grand Nord finlandais, la prise de position de cette personnalité sami ayant eu lieu dans le cadre de sa participation au projet de l’institution culturelle bruxelloise BOZAR intitulé Remembering 1918, organisé à la Maison de l’histoire européenne et où Näkkäläjärvi avait été invitée par l’Institut. L’autre événement auquel nous avons été partie prenante au début de l’année était une rencontre avec l’écrivain Hassan Blasim, irakien d’origine mais établi en Finlande, venu au Benelux présenter son œuvre littéraire dont l’un des thèmes centraux est le sentiment de différence que peut éprouver au sein de la société l’individu venu d’ailleurs.

Toujours au début de l’année, nous avons participé à Amsterdam au Festival LGBTQ Rose Filmdagen, occasion pour le biopic dédié à Touko Laaksonen, alias Tom of Finland, l’une des personnalités artistiques finlandaises dont le rôle aura été et reste particulièrement marquant sur le plan international, d’être présenté en première au Benelux. Le débat sur les questions de genre et d’orientation sexuelle s’est poursuivi dans le cadre d’un séminaire réunissant des représentants de tous les pays scandinaves et dont les intervenants ont examiné les retombées de la campagne #metoo tant du point de vue politique que de celui du militantisme en faveur des droits de l’homme ou des médias. L’espace réservé à ce séminaire s’est rapidement rempli, comme ce fut d’ailleurs le cas pour la deuxième soirée féministe dite « Soirée jurons » organisée par nos soins. A en juger par les anecdotes et récits que nous avons pu entendre au cours de cet événement animé par Rosa Meriläinen, il ne fait guère de doute que bien des participantes à cette soirée spéciale jurons sont rentrées ensuite chez elles animées d’une énergie nouvelle et mieux équipées pour faire face aux défis que leur assigne la société.

1918

Au fil de l’année, nous reviendrons régulièrement sur des thèmes historiques dès lors que nous ne saurions progresser ni sur le plan individuel, ni en tant que société sans une bonne compréhension de notre passé et un traitement adéquat des blessures que ce passé nous a laissés. Cette année, cela fait exactement cent ans que l’Europe a connu de grands désordres tandis que la Finlande était de son côté confrontée à une guerre civil, les plaies de ces différents événements restant visibles aujourd’hui encore au niveau de nos sociétés. A l’occasion d’un séminaire d’une journée qui se tiendra en mai à Helsinki, nous donnerons la parole à plusieurs importants chercheurs internationaux dans le cadre d’un débat consacré aux plaies que les événements de 1918 ont imprimées à nos sociétés et où sera évoqué par ailleurs le patrimoine historico-culturel européen. En fin de journée, cette réunion culminera avec un spectacle musical que nous organiserons en partenariat avec Pekka Kuusisto, directeur de l’événement musical annuel Our Festival et qui permettra d’entendre des interprétations musicales de Paleface, du Kamus Quartet et de Niko Kumpuvaara. Le projet Remembering 1918 s’amplifiera ensuite à Bruxelles au cours de l’automne à venir.

L’ÊTRE HUMAIN ET SON ENVIRONNEMENT

En cette année 2018, les possibilités dont dispose l’individu d’influer sur la réalité qui l’environne ont radicalement changé. Grâce entre autres à Internet, aux réseaux sociaux et à la production participative, quasiment tout un chacun a aujourd’hui la faculté théorique de prendre position et d’influer sur son environnement. Les possibilités qui s’offrent à l’individu de modeler son propre environnement et la réalité de sa vie sont plus importantes qu’elles ne l’ont peut-être jamais été. S’agissant de l’Institut, nous participerons au cours de cette année à plusieurs projets axés sur l’urbanisme et le cadre de vie envisagés du point de vue des arts comme de celui du design ou de la politique. En ce printemps aura lieu aussi la divulgation à Bruxelles d’une œuvre d’art public de Kaarina Kaikkonen intitulée Si j’avais des ailes – L’Ascenseur social, produite en partenariat entre l’Institut, Ifa Laboratory et différentes associations locales bruxelloises. L’objectif de ce projet artistique est de susciter le débat sur les fortes disparités sociales qui s’observent d’un quartier de Bruxelles à l’autre tout en associant les bruxellois au développement de leur cadre de vie. Ce même thème se prolongera à Amsterdam cet été avec le Festival We Make the City, une initiative du centre culturel Pakhuis de Zwijger qui prendra possession de l’ensemble de la ville. Au cours des quatre jours que doit durer cet événement festif, le public pourra entendre plusieurs prises de parole d’intervenants finlandais, tandis que le Lähiöfest – le « Festival des quartiers » – qui aura lieu cet automne à Helsinki permettra de prolonger diverses actions de coopération entre villes.

Alors que nos possibilités d’exercer notre influence progressent, la société tend aussi plus vigoureusement que par le passé à imposer des restrictions aux individus. Les tentacules des pouvoirs qui régissent nos vies s’étendent toujours plus en profondeur jusqu’à atteindre notre réalité quotidienne à travers une tentative de contrôler et de limiter nos possibilités d’influer sur le monde par le biais tantôt de la politique ou de la législation, tantôt des technologies, voire parfois en faisant usage de violence à l’état pur. Un projet commun avec le réseau EUNIC nous amènera à évoquer cet automne les rapports entre la société et l’individu envisagés du point de la sécurité de ce dernier, d’où le thème retenu pour cette réunion qui s’articulera autour de la notion de Protection.

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SANS OUBLIER LA MUSIQUE

A partir du milieu de l’été, nous célèbrerons de façon exhaustive la musique finlandaise grâce au choix qui a été fait par sept festivals de la région wallonne d’inclure dans leur programmation un nombre important de musiciens finlandais. Organisé à Bruxelles, le Festival Musiq’3 permettra par ailleurs d’entendre des interprétations du Helsinki Chamber Choir, de Kreeta-Maria Kentala, de Joonas Ahonen, de Lilli Maijala, d’Iiro Rantala et d’Olli Mustonen, tandis que la série des festivals de cet été sera inaugurée par Kimmo Pohjonen. Enfin, le Helsinki Baroque Orchestra se produira dans plusieurs concerts aux côtés de différents artistes belges.

DES RENCONTRES ENTRE ARTISTES ET PROFESSIONNELS DES ARTS

Les rencontres, visites et réunions ayant lieu entre artistes et professionnels des arts des pays du Benelux et de Finlande génèrent toujours beaucoup de nouveaux projets. L’Institut entend poursuivre l’organisation de visites d’acteurs d’influence entre le Benelux et la Finlande en particulier dans le domaine du spectacle vivant, des arts plastiques et de la mode. Parallèlement, nous poursuivrons la mise en œuvre du programme d’aide pour frais de voyage TelepART, né d’une initiative de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux et qui couvre dès à présent pas moins de 14 pays tout en étant reconnu pour sa grande accessibilité.

Vous avez trouvé ci-dessus quelques exemples de notre programme de cette année. Nous serions heureux de vous accueillir aux événements en question comme à d’autres dont nous ne vous avons pas encore parlé afin de vous faire partager notre regard sur les mutations que connaît le monde et vous inviter à réfléchir avec nous sur les possibilités dont nous disposons, les uns comme les autres, de nous créer un avenir commun grâce aux arts et aux sciences, avenir se devant d’être durablement viable tant pour la nature que pour nos sociétés elles-mêmes. Nous nous assignons comme objectif de mettre en avant au cours de cette année 2018 aussi bien la voix et la sensibilité de représentants de la « majorité silencieuse » que celles de toutes les minorités, y compris les communautés dont les droits sont bafoués, étant entendu que ce sont sur les uns comme sur les autres que repose la société et l’avenir que nous avons en commun.

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Kati Laakso

Kati Laakso, auteur de cet article, est la nouvelle directrice de l’Institut culturel finlandais pour le Benelux.

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